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Anticorps anti-IgE

Publié en  mars 2003

 

 

 

La fréquence des allergies croît de façon considérable dans la population générale des pays développés. Les causes de cette véritable « épidémie » sont loin d’être claires, même si l’on évoque le plus souvent à son origine une diminution de la prévalence des infections due aux progrès de l’hygiène et aux traitements antibactériens.

Quoi qu’il en soit, on ne disposait jusqu’à aujourd’hui que de trois méthodes de traitement des sujets allergiques dont aucune n’est totalement efficace : l’évitement de l’agent allergène, la prescription de médicaments agissant sur la libération des médiateurs ou leurs conséquences et la désensibilisation.

Une équipe américaine propose aujourd’hui une nouvelle approche originale, l’utilisation d’un anticorps monoclonal recombinant anti-IgE.

Cet anticorps monoclonal, dirigé spécifiquement contre un épitope de la région CH3 des IgE, entraîne une inhibition de la liaison IgE-cellules médiatrices (mastocytes, basophiles) sans provoquer d’agrégats de mastocytes déjà porteurs d’IgE à leur surface.

Pour tester l’efficacité et l’innocuité de ce nouveau traitement, Donald Leung et coll. ont conduit une étude multicentrique en double aveugle chez 84 patients souffrant d’une allergie grave aux cacahuètes (urticaire, œdème de Quincke, choc anaphylactique ou symptômes respiratoires après ingestion de cacahuètes).

Cette allergie a été confirmée chez tous les sujets par un test de provocation par voie orale (sous surveillance stricte) qui a permis de déterminer pour chaque patient la dose seuil déclenchant une réaction. La nécessité de ce test pour être inclus dans l’étude a d’ailleurs était, on le conçoit aisément, un frein considérable au recrutement des patients, puisque un sujet pressenti sur 15 seulement a accepté ce challenge. Cette difficulté particulière pourrait être considérée par certains comme un biais de recrutement, dans la mesure où les patients qui acceptent un test de provocation ne sont peut être pas représentatifs de l’ensemble de la population des sujets souffrants d’allergie sévère.

Les malades ont alors été randomisés en 4 groupes recevant soit un placebo, soit 150, 300 ou 450 mg d’anticorps monoclonal par voie sous cutanée toutes les 4 semaines pendant 16 semaines. Dans les deux à quatre semaines qui ont suivi la dernière injection les malades ont subi un nouveau test de provocation (avec détermination de la nouvelle dose seuil) qui a permis de juger des résultats du traitement. La dose seuil de cacahuètes déclenchant une réaction allergique a augmenté en moyenne de 710 mg dans le groupe placebo (?), de 913 mg dans le groupe sous 150 mg d’anticorps monoclonal, de 1650 mg sous 300 mg de produit actif et de 2627 mg sous une posologie de 450 mg (P<0,001 pour la comparaison entre la dose de 450 mg et le placebo et p<0,001 pour la tendance à l’élévation du seuil avec des doses croissantes d’anticorps monoclonal). Le traitement a été bien toléré avec une fréquence d’effets secondaires équivalente entre les 4 groupes.

Pour les auteurs, il s’agit là d’une démonstration indiscutable de l’intérêt pratique de cette nouvelle technique, l’élévation importante du seuil de déclenchement des symptômes allergiques permettant aux patients d’éviter toute absorption accidentelle de l’allergène. En l’espèce, la quantité de cacahuètes absorbée de façon involontaire par des sujets se sachant allergiques équivaut en général à une ou deux cacahuètes (300 à 650 mg) ce qui est au dessous du seuil de déclenchement atteint avec les posologies de 300 et 450 mg d’anticorps monoclonal.

           Les anticorps monoclonaux anti IgE pourraient donc être une solution élégante (mais dispendieuse) pour une pathologie fréquente en particulier aux USA (1,5 millions de sujets atteints d’allergie aux cacahuètes dans ce pays et 50 à 100 morts par an lors d’absorptions accidentelles). Au delà de ce type d’allergie, cette technique pourrait être proposée, en cas de réactions anaphylactoïdes déclenchées par un allergène impossible à éviter totalement.
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