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La bactériothérapie, nouveau traitement de l’infection urinaire récidivante

Roos V et coll. : “The asymptomatic bacteriuria Escherichia coli strain 83972 outcompetes uropathogenic E.coli strains in human urine”. Infection and Immunity 2006; 1: 615-624.

Publié en  janvier 2006

 

Escherichia coli 83972 est une bactérie douée de propriétés extraordinaires : non seulement elle peut coloniser le tractus urinaire humain et s’y maintenir pendant des années sans jamais provoquer le moindre signe clinique, mais, quand elle y est, elle paraît capable de défendre son territoire muqueux contre l’intrusion d’agents bactériens étrangers qui, eux, déclencheraient immédiatement une véritable infection urinaire (IU) avec son cortège délétère de douleurs, dysurie et autre pollakiurie. Rien d’étonnant, dans ces conditions, qu’on ait cherché (après vérification sur modèle animal) à exploiter les capacités uniques de ce germe, originellement isolé chez une jeune suédoise ayant souffert de bactériurie asymptomatique pendant plus de 3 ans, en commençant par les malades les plus à risque, comme ceux présentant une vessie neurologique ou des séquelles de traumatisme de la moelle épinière.

 

Avec des résultats probants ? Incontestablement, si l’on en croit les données de différentes équipes travaillant dans des endroits parfois très éloignés les uns des autres, montrant qu’E coli 83972 pourrait être utilement utilisé à la place d’une chimiothérapie plus conventionnelle pour la prophylaxie de l’IU dans nombre de cas…

 

             Mais d’où viennent les pouvoirs si particuliers d’E. coli 83972, et est-ce qu’un jour l’utilisation de cette souche pourra être plus répandue ? S’il est encore difficile à V. Roos de répondre à la seconde question, elle nous apporte quelques éléments décisifs sur la première. Ses travaux, menés au Danemark, dévoilent une partie des mécanismes bactériens mis en jeu : E coli 83872, curieusement dépourvu de facteurs uropathogènes reconnus (adhésines et autres fimbriae), serait capable d’une régulation extrêmement performante de plusieurs gènes jouant des rôles majeurs dans l’adaptation à l’environnement et induisant des possibilités uniques d’exploitation des ressources limitées de certains milieux de cultures, en l’occurrence l’urine. C’est ainsi, par exemple, que la bactérie « hyper exprime » tous les gênes intervenant dans la capture et le transport du fer, un élément très peu présent dans l’urine, où qu’elle se multiplie à une vitesse qui lui permet de survivre à toute tentative d’élimination mécanique. Comment a-t-elle pu réaliser de tels exploits génétiques ? Pour V. Roos, il faut revenir aux sources : trois ans, c’était assez pour s’adapter (30 000 générations bactériennes chez une Suédoise incapable de vider complètement sa vessie), perdre des fimbriae trop agressifs pour l’hôte et développer au mieux une batterie génétique multifactorielle adéquate.
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