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Allergie alimentaire au cours de la dermatite atopique

Mathelier-Fusade P

 

Publié en janvier 2006

 

La mise en évidence d’une allergie alimentaire responsable de poussées de dermatite atopique chez le nourrisson conduit à l’éviction du (ou des) aliment(s) en cause. Une tolérance s’installe au fil des ans qui permet alors à l’enfant plus grand de consommer cet aliment sans risque. En revanche, le maintien d’une éviction sur une longue durée peut aboutir à aggraver les manifestations allergiques lors d’une ingestion alimentaire, traduisant l’installation d’une hypersensibilité immédiate IgE dépendante.

 

Ceci a été bien illustré par deux observations rapportées par P Mathelier Fusade. Elles concernent deux nourrissons de 12 mois et 15 mois atteints d’une dermatite atopique sévère et chez lesquels une sensibilisation à l’œuf avait été mise en évidence par le bilan allergologique. Après une phase de 15 jours d’éviction, ayant amené une amélioration clinique, les deux enfants avaient été perdus de vue. Trois ans plus tard, tous les deux sont admis en urgence pour œdème facial et urticaire généralisé chez l’un, angio-oedème et toux chez l’autre survenus quelques minutes après l’ingestion d’une meringue. L’interrogatoire des parents révèle que l’éviction drastique des aliments contenant de l’œuf avait été poursuivie pendant ces trois ans sans avis médical, jusqu’à la consommation de ces malencontreuses meringues.

 

L’œuf représente, en France, la cause la plus fréquente d’allergie alimentaire chez les nourrissons atopiques, 30 % des dermatites atopiques étant semble-t-il aggravées par l’ingestion d’œuf. Le diagnostic est établi devant une dermatite sévère rebelle aux traitements classiques, la positivité des tests cutanés et/ou la présence d’IgE spécifiques, et l’amélioration clinique après éviction de 15 jours.

 

Après cette épreuve-test, une réintroduction de l’œuf peut-être envisagée pour induire une tolérance ainsi que le montre une étude menée chez 12 nourrissons souffrant de dermatite atopique et d’une sensibilisation à l’œuf. Le protocole, suivi à domicile, a comporté 4 étapes : réintroduction des aliments à base de poudre d’œufs (gâteaux industriels), puis réintroduction des aliments à base d’œufs cuits (gâteaux faits à la maison), réintroduction de l’œuf dur et enfin réintroduction de l’œuf sous toutes ses formes (omelette, œuf coque). Cette forme de « désensibilisation » a permis à tous ces enfants le retour à une alimentation normale. Aucun accident d’hypersensibilité immédiate n’a été constaté.

 

Tout ceci montre que l’allergie alimentaire au cours de la dermatite atopique ne doit pas être appréhendée comme une allergie alimentaire « classique » IgE dépendante. Elle ne donne pas lieu à des accidents de type anaphylactique et peut être contrôlée par une réintroduction progressive de l’aliment afin d’induire une tolérance qui s’inscrit dans l’histoire naturelle de la dermatite atopique laquelle évolue dans la majorité des cas vers une amélioration franche ou une disparition vers l’âge de 4 ou 5 ans.
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