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Sazawal JS et coll. : “Effect of routine prophylactic supplementation with iron and folic acid on admission to hospital and mortality in preschool children in a high malaria transmission setting: community-based, randomized, placebo-controlled trial.” Lancet., 2006 ; 367: 133-143. Publié en janvier 2006
Environ 75 % des enfants de moins de 5 ans en Afrique de l’Est sont anémiques et la carence martiale en est une des causes les plus fréquentes. Actuellement, il est recommandé de supplémenter en fer et en acide folique les enfants de moins de 2 ans vivant dans ce type de région, pour diminuer la prévalence des syndromes anémiques sévères et les retards de développement qui en résultent. Cependant, plusieurs études réalisées en zone d’endémie palustre suggèrent que la carence martiale protège contre le paludisme et que l’apport de fer augmente l’infestation parasitaire.
Afin de connaître l‘impact de l’apport préventif en fer et en acide folique sur la morbidité et la mortalité infantile en zone d’endémie palustre à plasmodium falciparum, les auteurs ont conduit un essai randomisé entre janvier 2002 et août 2003 chez des enfants âgés de 1 à 35 mois vivant sur l’île de Pemba, à 50km des côtes de la Tanzanie, où le taux de mortalité infantile est particulièrement élevé, de 89 pour 1000 naissances. Quatre groupes ont été constitués selon le traitement administré : placebo (n=8006), fer et acide folique (n=7950), fer + acide folique + zinc (n=8120), zinc seul. L’analyse de ce dernier bras n’est pas terminée. La prise du traitement était confirmée par dosages sériques et mesure de l’hémoglobine (Hb). L’objectif primaire était la mesure de la mortalité et du nombre d’admission à l’hôpital pendant la durée de l’étude (18 mois) et 30 jours après la fin de l’étude. Les enfants inclus souffrant d’accès palustre, de pneumopathies ou de syndromes infectieux autres bénéficiaient d’une prise en charge thérapeutique adaptée dans le cadre de l’étude. L’analyse statistique a été réalisée en intention de traitement. Il faut noter que 25 % des décès ont eu lieu à l’hôpital.
Le risque de décès et d’hospitalisation pour accès palustre et neuro-paludisme s’est avéré être plus important chez les enfants prenant du fer et de l’acide folique avec ou sans zinc que chez les enfants du groupe placebo. De même, le risque d’infections graves autres que le paludisme (pneumopathies, rougeole …) est apparu significativement plus élevé dans les groupes recevant fer et acide folique et le nombre d’hospitalisations et de décès liés à ces causes s’en est trouve augmenté. La mortalité et le nombre d’admissions à l’hôpital pour infections graves étaient d’autant plus importants que l’anémie par carence martiale était profonde avant le début de la supplémentation. Les traitements comportant du fer et de l’acide folique ont donc dû être prématurément arrêtés lors de l’analyse intermédiaire. Pourquoi les apports en fer et en acide folique exposent-ils à un risque infectieux accru ? Plusieurs hypothèses sont émises : le fer inhibe l’absorption de zinc, nécessaire aux réponses anti-infectieuses, et est indispensable à la multiplication de certaines bactéries et parasites dont le plasmodium.
Quoi qu’il en soit, les apports prophylactiques en fer et en acide folique semblent délétères chez les enfants vivant en zone d’endémie palustre alors que les instances internationales recommandent un tel apport entre l’âge de 2 mois et de 24 mois.