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Andries K, et al. Science 2005 ; 307 : 223-7.
Un article tout récemment publié dans Science et qui fait l’objet de deux commentaires ainsi que de la couverture du même numéro, réunit la première série d’informations publiées sur une nouvelle famille d’antibiotiques très actifs dans la tuberculose et sur les autres mycobactéries : les diarylquinolines. Cet article résulte de plusieurs années de travail de trois équipes : le laboratoire de bactériologie de la Pitié-Salpêtrière (Paris, France), l’Institut des maladies infectieuses de Solna (Suède) et les structures de recherche et développement (Belgique, France et Royaume-Uni) des Laboratoires Johnson & Johnson.
L’activité anti-mycobactérienne des diarylquinolines a été identifiée par un criblage systématique de très nombreux composés chimiques synthétisés par Johnson & Johnson sur une souche de mycobactérie non pathogène à croissance rapide (Mycobacterium smegmatis). Un des dérivés de cette famille (R207910) s’est révélé être très actif in vitro sur de nombreuses mycobactéries dont Mycobacterium tuberculosis (agent de la tuberculose humaine) et Mycobacterium bovis (agent de la tuberculose des animaux), l’activité in vitro étant supérieure à celle de la rifampicine et du même ordre que celle de l’izoniazide. R207910 s’est aussi révélé très actif sur les souches résistantes aux antituberculeux classiques ainsi que sur les mycobactéries non tuberculeuses, dites atypiques, comme par exemple Mycobacterium avium (agent d’infections opportunistes au cours du sida), qui sont également le plus souvent résistantes aux deux antibiotiques précités. R207910 a un mode d’action tout à fait original : sa cible est l’ATP-synthase, enzyme membranaire jouant un rôle clé dans l’approvisionnement en énergie de la bactérie. Les essais thérapeutiques menés chez la souris ont permis de montrer que cet antibiotique est plus actif que tous les autres antituberculeux connus à ce jour. Les bacilles de souris tuberculeuses (1 million de bacilles par souris en début de traitement) sont presque tous éliminés en deux mois seulement lorsqu’un des trois antibiotiques de l’association recommandée par l’OMS pour traiter la tuberculose (rifampicine, isoniazide, pyrazinamide) a été remplacé par la diarylquinoline, alors qu’il faut quatre mois pour obtenir le même résultat avec la classique triple association. De plus, la demi-vie longue de cet antibiotique lui permet d’être très efficace avec seulement une administration par semaine. Au total, les diarylquinolines sont une nouvelle classe d’antituberculeux au mode d’action tout à fait original. Elles devraient permettre d’améliorer le traitement de la tuberculose en agissant sur des bacilles multirésistants, en raccourcissant la durée du traitement et en permettant une seule prise hebdomadaire.