| L’allaitement maternel diminuerait le risque d’athérome à l’adolescence et à l’âge adulte publié le 15 juin 2004 Si les bénéfices à court terme de l’allaitement maternel sont bien documentés, peu d’études se sont intéressées à ses effets sur la santé au-delà de la première année de vie. Certaines ont évoqué une association entre l’allaitement et les facteurs de risque de maladie cardiovasculaire liée à l’athérosclérose dans l’enfance et à l’âge adulte, sans pouvoir l’affirmer en raison d’importants problèmes méthodologiques dans leur conception (études rétrospectives, biais de mémoire, nombreux facteurs de confusion potentiels).
En 1982 une équipe anglaise a démarré une étude de cohorte prospective et randomisée chez des nourrissons prématurés comparant des régimes à base de lait maternel et de lait en poudre pour nourrissons afin d’étudier les effets de la nutrition en période néo et post-natale précoce sur les fonctions cognitives et les facteurs de risque cardiovasculaires à long terme.
Cette cohorte leur a permis de tester en particulier l’hypothèse que la consommation de lait humain pendant le premier mois de la vie améliore le profil lipoprotéique au long cours.
Les 926 nourrissons prématurés enrôlés dans la cohorte au Royaume Uni ont été randomisés dans 2 essais parallèles : 1) « lait humain » provenant de banques de lait donné par des femmes sans lien de parenté avec les sujets versus « lait pour prématuré » en poudre enrichi en protéines et matières grasses, vitamines, zinc et cuivre ; et 2) « lait en poudre standard » pour nourrisson versus « lait pour prématuré » enrichi. Au sein de chaque essai, les régimes étaient alloués de façon aléatoire. De plus, lorsque les mères choisissaient de tirer leur propre lait, les régimes étaient donnés comme supplément au lait maternel. Les régimes étaient donnés dans les 48 heures suivant la naissance et jusqu'à ce que le nourrisson pèse 2000 g ou sorte de l'hôpital pour son domicile (age médian 4 semaines).
Les enfants ont ensuite été suivis à l'âge de 13-16 ans. 216 adolescents ont ainsi accepté de participer à l'étude. Les adolescents randomisés dans le groupe « lait humain » avaient une concentration en CRP (qui est un marqueur de la réponse inflammatoire associée au processus athéroscléreux) significativement plus basse (p=0,006) que ceux randomisés dans le groupe « lait pour prématurés ». De même, le rapport LDL/HDL était plus faible (différence moyenne 0,34, [14 % de réduction] p = 0,04) dans le groupe « lait humain », ceci étant dû principalement à des niveaux de LDL cholestérol et d’ApoB plus faibles dans ce groupe. Cette différence entre les groupes était associée à une prise de poids précoce significativement plus importante chez les nouveau-nés du groupe « lait pour prématurés ». Par contre, les concentrations en HDL cholestérol, apoA1 et triglycérides n’étaient pas significativement différents entre les groupes. Plus les proportions de lait humain ingérées étaient importantes et plus les rapports LDL/HDL, ApoB/ApoA1 et la concentration en CRP chutaient, indépendamment des facteurs de confusion potentiels (âge, sexe, index de masse corporelle, classe sociale, poids de naissance et terme gestationnel). Le profil lipoprotéique et la concentration en CRP ne différaient pas entre les groupes « lait en poudre standard » et « lait pour prématurés ».
Le terme gestationnel n’affectait pas les résultats et les concentrations de cholestérol chez les adolescents de l’étude étaient comparables à celles d’un groupe contrôle d’adolescents nés à terme. On peut donc penser que ces résultats sont généralisables à des populations nées à terme.
Malgré de très nombreux perdus de vue, cette étude à la méthodologie rigoureuse ne semble pas comporter de biais majeur. Elle permet aux auteurs de suggérer un lien de causalité fort entre la consommation de lait humain chez le nourrisson et la présence d’un profil lipoprotéique ultérieur moins athérogène avec une réduction d’environ 10 % du LDL cholestérol. Les implications en termes de santé publique sont majeures lorsque l’on sait que les interventions nutritionnelles chez l’adulte tendent à abaisser le cholestérol de 3 à 6 % seulement…
Dr Anne-Valérie Meyers |